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Continuer la révolution, rédéfinir nos combats

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Les peuples vaincront et les tyrans tomberont - Sweida, 20/12/2024


Nous avons fêté le 14ème anniversaire de la révolution syrienne le weekend dernier. C’était le premier anniversaire après la chute du régime, un moment tout particulier pour nous.

Depuis le 8 décembre 2024 et surtout après les terribles massacres contre les communautés alaouites début mars, nous sommes traversé.es par un mélange d’émotions difficiles et contradictoires : d’un côté, la joie de la chute d’un régime génocidaire dont la présence empêchait tout changement dans le pays et de l’autre, la douleur, la peur et la rage concernant les évolutions sur le terrain depuis le départ d’Assad. 

Nous avons eu besoin de temps pour pouvoir formuler nos pensées. Car après la sidération qu’a produit l’horreur de cette violence, suit l’embrasement des réactions et opinions de différentes composantes de la société syrienne, sur place comme en exil. Cette situation explosive démontre les effets dévastateurs de 14 ans de guerre et de plus de 50 ans de tyrannie sur les corps et les esprits.  

Les estimations varient entre 800 et 2 000 personnes tuées sur la côte en Syrie. En réponse à une offensive militaire menée par des officiers loyalistes à Assad qui a elle-même causée près de 200 morts civils (y compris des alaouites), des groupes armés liés de près ou de loin au nouveau gouvernement dirigé par HTC ont massacré des centaines de civils alaouites sur des motifs clairement confessionnels, en documentant leurs crimes avec un discours haineux.

Il n'y a aucun doute quant à la responsabilité du nouveau gouvernement dans ces massacres.

Si Ahmad al-Charaa a reconnu que la situation aurait pu être évitable, il n'a rien fait pour l'empêcher. Depuis le départ d’Assad, il a laissé faire des troupes sous son autorité qui, au nom de la poursuite des criminels de l’ancien régime, ont commis de nombreuses exactions à l’encontre des communautés alaouites. Assimiler ces dernières, dans leur ensemble, à la terreur d’Assad est totalement inadmissible. Au-delà d’une élite qui a bénéficié du régime d’Assad en échange de sa loyauté, la majorité de la communauté vivait dans la pauvreté et n'échappait pas à la répression brutale de l’ancien régime qui suivait le moindre signe d’opposition ou de contestation. 

Ces horreurs ont traversé toute la société syrienne et ont fait resurgir des divisions et des tensions, qui nous rappellent d’autres tristes moments qu’a vécu le pays ces 14 dernières années.

Il y a ceux qui justifient les massacres, relativisent l’implication du nouveau gouvernement ou nient tout simplement sa responsabilité. Et ceux qui, à droite comme à gauche, instrumentalisent les massacres par islamophobie et/ou par apologie de l’ancien régime sciemment amnésiques de ses crimes. Cette instrumentalisation est absolument immonde. La défense du nouveau régime aussi, même s'il a permis la chute du dernier.

Avant le 8 décembre 2024, nous avions un seul ennemi commun, même si nous avions un tas de divergences et de conflits. Depuis, il nous faut naviguer dans un nouveau terrain et reconstruire les repères d’un combat commun contre la tyrannie et l’injustice et pour la liberté et la dignité. C’est une tâche difficile après 14 ans de guerre et de destruction et au sein d’un présent marqué par l'exercice généralisé de massacres de Gaza à l’Ukraine, du sud Liban au Soudan.  

En plus de nombreux défis internes, comme l’absence de conditions matérielles pour une vie digne ou l’exigence de vérité et de justice pour toutes les victimes du conflit, nous faisons face à plusieurs menaces externes. Tout notre soutien va aux habitant.es de Kobane et de Manbij sous les bombes de la Turquie et aux habitant.es de Deraa et de Quneitra sous les bombes d'Israël. Il est temps de reconnaître que tout comme Israël, la Turquie est une force d’occupation dans le pays. 

Contrairement à ce qu’a affirmé al-Charaa, la révolution n’est pas encore finie.

La chute du régime a permis une liberté d’expression et d’organisation politique jusqu’alors inconnue, liberté que la célébration publique du Newroz (interdite sous Assad) vendredi dernier dans plusieurs villes en Syrie nous rappelle avec beaucoup de joie. Mais jusqu’à quand ? Nous ne pouvons que constater une tentative de centralisation étatique et autoritaire de la part du nouveau régime avec l’aide des criminels de guerre d’hier ou des businessmen qui encaissent encore l’argent de leurs collaborations avec Assad. 

Quand nous disons que la révolution n’est pas finie, ce n’est pas depuis la distance de nos lieux d’exil mais grâce à l’énergie qui maintient la flamme vivante dans les manifestations à Hassakeh ou à Sweida, à travers les initiatives d’entraide de Damas à Homs ou encore dans les mots et les actes de nombreuses.eux révolutionnaires qui brisent tout fatalisme par leur justesse et détermination. 

Nos pensées vont à toutes les victimes civiles des massacres de mars, aux disparu.es et leur familles, ainsi qu’à tous les martyrs de notre révolution.